Les utilisateurs de sources de photons s’organisent

La Swiss Society for Photon Science (SSPh) a été fondée en 2019. Son objectif est de coordonner les discussions autour des besoins en infrastructure existants dans ce domaine de recherche onéreux et de représenter les intérêts des chercheurs, notamment face aux autorités. Le SEFRI est régulièrement en relation avec la SSPh et tient compte de ses idées pour structurer la politique de la recherche.

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Le bâtiment circulaire au premier plan abrite la Source de Lumière Suisse SLS de l’Institut Paul Scherrer, à Villigen / Würenlingen. Il s’agit d’un accélérateur dans lequel des électrons sont défléchis pour générer de la lumière synchrotron. Cette lumière spéciale est dirigée sur les matières les plus diverses, ce qui permet d’en comprendre les propriétés. Photo: PSI

La recherche au moyen de photons est centrée sur la production, la mesure et l’utilisation de la lumière. Ce qui semble modeste au premier abord englobe en réalité plus d’activités qu’on ne pourrait le penser. Président de la Swiss Society for Photon Science, le professeur Thomas Feurer explique: les astronomes mesurent les photons pour en apprendre plus sur les étoiles et les exoplanètes, les chimistes y ont recours pour comprendre les molécules, les pharmaciens s’en servent afin d’étudier la structure et les effets de médicaments. Les biologistes, quant à eux, utilisent les photons pour observer des cellules, des bactéries ou des virus et les physiciens, pour engranger un plus grand savoir fondamental sur la nature. Et l’on trouve également d’autres exemples d’application en médecine, en informatique et en ingénierie.

La science des photons est donc un vaste champ de recherche comportant de nombreuses applications qui ont une influence considérable sur la société. D’une part, les nouveautés techniques développées initialement pour les grandes installations de sources de lumière, comme les synchrotrons ou les lasers, sont souvent utilisées dans l’industrie par la suite. Le développement d’infrastructures est ainsi un moteur important de l’innovation. D’autre part, le savoir généré par les utilisateurs de telles infrastructures bénéficie à la société. Par exemple, presque tout le monde a vu ces derniers mois une représentation du virus SRAS-Cov-2. Ces représentations sont généralement élaborées grâce à la cryo-microscopie électronique ou à la cristallographie aux rayons X, deux techniques apparentées à ce domaine.

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Le professeur Thomas Feurer dirige l’Institut de physique appliquée de l’Université de Berne, codirige le pôle de recherche national MUST (Molecular Ultrafast Science and Technology) et préside depuis 2019 la Swiss Society for Photon Science.
Photo: màd
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Depuis 2017, Mirjam Van Daalen est cheffe d’état-major de la division de recherche Sciences photoniques à l’Institut Paul Scherrer, déléguée suisse au Forum stratégique européen sur les infrastructures de recherche (European Strategy Forum on Research Infrastructures, ESFRI) et vice-présidente du conseil de coordination de LEAPS. Elle est secrétaire de la SSPh depuis 2019.
Photo: màd

Regroupement autour d’une cause commune
Différentes institutions sont en mesure de financer et de mettre en place à elles seules des infrastructures simples dans le domaine de la science des photons. Cependant, les projets peuvent rapidement devenir complexes et très coûteux. Lorsqu’il s’agit de mesurer avec exactitude des photons présentant des caractéristiques particulières ou de produire des photons en grand nombre, les coûts nécessaires à de telles infrastructures de recherche atteignent vite les 100 millions de francs, voire plus, rapporte Thomas Feurer. Afin de parvenir à concevoir, construire, exploiter et bien entendu financer ces infrastructures, les scientifiques doivent se regrouper. Les plus grands projets de ce genre ont été montés sous la forme d’organisations internationales, notamment l’Installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF) à Grenoble et le Laser européen à électrons libres dans le domaine des rayons X (European XFEL) à Hambourg.

Les initiatives telles que la SSPh à l’échelle suisse et la League of European Accelerator-based Photon Sources (LEAPS, cf. encadré) à l’échelle internationale sont importantes. Leur rôle consiste à offrir aux chercheurs une plateforme leur permettant d’échanger et de se coordonner. Thomas Feurer résume: pour réussir, un champ de recherche doit reconnaître le plein potentiel de ses scientifiques et leur mettre à disposition les infrastructures nécessaires. La SSPh a pour but de déterminer les projets d’infrastructure prioritaires dans le domaine des sources de lumière. Néanmoins, elle est aussi utile aux chercheurs dont les travaux ne nécessitent pas de recourir à de grandes infrastructures. La société renseigne en outre sur les procédures nationales et exerce sur elles une influence. Il convient de citer ici les feuilles de route spécifiques que l’Académie suisse des sciences naturelles élabore sur mandat de la Confédération en collaboration avec les communautés scientifiques. Dans ce contexte, la SSPh contribue à faire entendre la voix des chercheurs en science des photons et à les représenter, en particulier face aux autorités. Enfin, elle établit le dialogue avec les domaines de recherche apparentés, comme ceux ayant trait aux accélérateurs.

La SSPh est une société ouverte à tous les chercheurs et à toutes les institutions de recherche actives dans le domaine. Il est possible de soumettre une demande d’affiliation sur son site.

Informations complémentaires

Doris Wohlfender, SEFRI
Conseillère scientifique, unité Organisations internationales de recherche

www.swissphotonscience.ch

https://www.sbfi.admin.ch/content/sbfi/fr/home/services/publications/base-de-donnees-des-publications/s-n-2020-4/s-n-2020-4g.html