«Élaborer une solution globale cohérente à partir de résultats individuels»

Les écoles supérieures (ES) fournissent à l’économie les cadres et les spécialistes qualifiés dont elle a besoin. Pour que les ES conservent une place importante dans le système éducatif suisse, le SEFRI a lancé début 2021 le projet «Positionnement des écoles supérieures ES» sous la direction de Rémy Hübschi, chef de la division Formation professionnelle et continue. En interview, il explique les objectifs du projet et donne des informations sur les défis et l’état d’avancement.

Pourquoi les écoles supérieures sont-elles importantes?
Rémy Hübschi: Nous avons un principe central dans notre système éducatif: «pas de diplôme sans passerelle vers d’autres formations». Les personnes qui terminent une formation professionnelle initiale ont accès à des offres de formation continue attrayantes au degré tertiaire grâce à la formation professionnelle supérieure, dont les filières de formation des ES. Chaque année, quelque 9700 personnes obtiennent un diplôme ES reconnu sur le plan fédéral.

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Rémy Hübschi: «Nous accordons une grande importance à des échanges réguliers avec tous les acteurs concernés.»
Photo: Monique Wittwer

Ces professionnels et cadres hautement qualifiés sont très demandés sur le marché du travail. Les écoles supérieures sont un atout pour la place économique suisse, nous devons en prendre soin.

Où en sont les ES aujourd’hui?
Depuis les années 90, le degré tertiaire a connu plusieurs changements importants. Je pense par exemple à la création des hautes écoles spécialisées (HES), au renforcement de la maturité professionnelle, mais aussi à l’entrée en vigueur de la révision totale de la loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr) en 2004, qui a marqué l’avènement de la formation professionnelle supérieure. L’ensemble de la formation professionnelle y a gagné: celles et ceux qui optent aujourd’hui pour un apprentissage bénéficient d’innombrables opportunités de carrière. Les ES en particulier et la formation professionnelle supérieure dans son ensemble garantissent aux diplômés de la formation professionnelle initiale qu’ils pourront continuer à se former au degré tertiaire, même sans maturité. Cette perméabilité renforce la formation professionnelle et allège le domaine des hautes écoles.

Du point de vue des ES, il est nécessaire d’agir en raison de l’académisation et de l’internationalisation croissantes du marché du travail. La valeur des diplômes ES – qui ont pourtant fait leurs preuves – n’est plus reconnue partout de manière suffisante. Par ailleurs, les ES sont en concurrence avec les HES. Lors de la création des HES, une forte dynamique a vu le jour dans le degré tertiaire, dont les ES n’ont pas pu profiter dans la même mesure que les autres voies de formation. Il ne faut pas oublier que le paysage des ES est très diversifié. Cette flexibilité est un grand avantage, car elle permet de prendre en compte les intérêts des différentes branches et régions, mais elle n’est pas sans conséquences en termes structurels: sur les quelque 260 prestataires de formation, environ 90 délivrent moins de 25 diplômes par an.

Quelles mesures ont-elles été prises jusqu’à présent pour renforcer les écoles supérieures?
Avec la nouvelle LFPr, la Confédération a renforcé l’ensemble de la formation professionnelle supérieure, dont les écoles supérieures. La formation professionnelle supérieure a été mieux positionnée en tant que partie intégrante du degré tertiaire tout en étant dotée de ses propres objectifs et structures, qui la démarquent des hautes écoles. Par ailleurs, les conditions minimales de reconnaissance des filières ES ont été harmonisées sur la base de la LFPr et l’ordonnance correspondante remaniée pour la dernière fois en 2017. Lors de cette révision, l’accent a été mis sur le renforcement de l’orientation vers le marché du travail et sur l’assurance-qualité. Signalons également l’Accord intercantonal sur les contributions dans le domaine des écoles supérieures (AES), auquel tous les cantons ont adhéré depuis 2015.

Les ES ont également profité du renforcement de l’ensemble de la formation professionnelle supérieure. Depuis 2013, la Confédération, les cantons et les organisations du monde du travail (Ortra) se penchent sur l’avenir de tout le domaine de la formation professionnelle supérieure. Dans le cadre du projet stratégique lancé par le Conseil fédéral, plusieurs mesures visant à renforcer la formation professionnelle supérieure ont déjà été mises en œuvre, telles que le financement axé sur la personne dans le cas des cours préparatoires aux examens fédéraux, le Cadre national des certifications (CNC), les dénominations des titres en anglais et l’augmentation de la perméabilité. Toutefois, d’autres mesures et étapes restent nécessaires. C’est pourquoi le président de la Confédération Guy Parmelin, chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche, a chargé fin 2020 le SEFRI de procéder à un examen complet du positionnement des ES.

Les dix filières de formation les plus choisies dans les écoles supérieures* en 2019

Champ professionnel Total
Soins infirmiers ES 1938
Économie d’entreprise ES 1177
Éducation sociale ES 753
Génie mécanique ES 419
Processus d’entreprise ES 410
Hôtellerie et gastronomie ES 393
Informatique de gestion ES 385
Éducation de l’enfance ES 331
Informatique ES 326
Planification des travaux ES 305
*Les filières de formation reconnues sous l’ancien et le nouveau droit sont cumulées.

La Suisse compte environ 450 filières de formation des écoles supérieures. Les dix filières de formation les plus souvent choisies en 2019 représentaient près des deux tiers de tous les diplômes des filières de formation des écoles supérieures.
Source: Office fédéral de la statistique (2020)

Comment le SEFRI procède-t-il dans le cadre du projet «Positionnement des ES»?
Nous avons en premier lieu commandé une vaste étude sur la situation des ES dans le cadre de l’initiative «Formation professionnelle 2030». Le rapport final d’econcept a été publié en été 2020. Il fournit une vue d’ensemble largement étayée du positionnement des ES, des champs d’action et défis à relever du point de vue des acteurs concernés. Selon ce rapport, les domaines d’action les plus urgents pour le positionnement des ES ont trait au manque de visibilité et de réputation des formations ES dans la société et sur le marché du travail, ainsi qu’au manque de débouchés vers d’autres formations.

Il est important que nous nous fassions une idée globale de ces résultats. En effet, de nombreuses questions et solutions sont non seulement étroitement liées, mais elles s’influencent aussi les unes les autres de manière très différente. Prenons l’exemple de la reconnaissance des ES: si nous reconnaissions les institutions, diverses questions se poseraient, du pilotage et de la surveillance au positionnement au sein du degré tertiaire, en passant par le financement.

Qu’est-ce que cela signifie pour la suite?
Notre objectif est de faire en sorte que les ES continuent à avoir une position forte et porteuse d’avenir. C’est pourquoi nous étudions comment intégrer de façon optimale les diplômes ES dans le système éducatif et gérer les interfaces avec les autres niveaux de formation, comme les hautes écoles. Nous examinons également les caractéristiques structurelles du paysage des ES. La notoriété des diplômes ES et des écoles au niveau national comme international est également un critère important. Le bachelor professionnel est-il par exemple une bonne solution?

Les examens professionnels fédéraux et professionnels fédéraux supérieurs sont-ils exclus de ces réflexions?
Non. Nous procédons à un examen global de la situation. Et cet examen englobe également la question de savoir comment les mesures en faveur des ES impactent la formation professionnelle supérieure dans son ensemble. Si la formation professionnelle doit continuer à jouer un rôle important dans le système éducatif suisse, nous avons besoin d’une formation professionnelle supérieure forte – et j’entends par là les écoles supérieures et les examens fédéraux.

En quoi l’organisation du projet est-elle particulière?
Ce projet porte sur les écoles supérieures. Mais, il est également question de la formation professionnelle supérieure. De même, de nombreuses questions se posent aussi en lien avec les hautes écoles. Nous avons donc opté pour une approche large impliquant à la fois les acteurs concernés de la formation professionnelle et les organes du paysage des hautes écoles.

La coordination avec les acteurs concernés est essentielle à nos yeux. Nous nous appuyons ici sur un sounding board composé de membres des organisations du monde du travail et des conférences ES ainsi que de représentants des cantons et des diplômés. Nous leur présenterons régulièrement des résultats intermédiaires pour discussion. Nous sommes également en contact avec d’autres organes de la formation professionnelle et des hautes écoles, tels que la Conférence tripartite sur la formation professionnelle et swissuniversities, la Conférence des recteurs des hautes écoles suisses. Nous leur soumettrons régulièrement les résultats pour prise de position. Le SEFRI s’appuie également sur un groupe d’experts indépendants en tant qu’organe consultatif, dont les membres sont issus des domaines de la science et de la recherche, de l’économie, de la politique et de l’administration. Dans un contexte où de nombreux intérêts divergents sont en jeu, un regard extérieur indépendant et une perspective systémique sont également nécessaires.

Quel est votre objectif pour fin 2021?
Nous sommes en train d’élaborer un état des lieux et d’examiner en détail les différentes questions. Nous aimerions par exemple en savoir encore plus sur la structure du paysage des ES et avons donc mandaté une étude ad hoc.

En fin de compte, il s’agira d’obtenir une image globale à partir de nombreux aspects individuels. Nous allons donc développer des modèles possibles à partir de l’été. Pour moi, c’est de ces paquets globaux dont on pourra discuter. Il est par exemple envisageable de pondérer encore plus le critère de l’orientation vers le marché du travail dans un modèle. Cela aurait des conséquences. Un autre modèle consisterait à renforcer les ES en tant qu’institutions. Un rapport sur l’état d’avancement du projet ainsi que la planification des étapes suivantes sont attendus pour la fin de l’année 2021.

https://www.sbfi.admin.ch/content/sbfi/fr/home/services/publications/base-de-donnees-des-publications/s-n-2021-3/s-n-2021-3e.html